La mondialisation des marchés économiques et le flux croissant de populations qu’elle engendre font de l'interculturel un sujet de première importance. La conscience interculturelle fait partie des compétences générales que l’apprenant d’une langue étrangère doit acquérir.
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Ainsi, à l’Alliance Française de Sydney, nos étudiants ont pour principale motivation la découverte et la compréhension de cette fameuse culture/exception française, cette façon si particulière de vivre ou de penser les choses. L’apprentissage de la langue française est ainsi un moyen commode d’accéder à cette culture « alternative »… mais rarement un but en soi.
En effet, l’Australie en général, Sydney en particulier, proposent une exemplaire et véritable mosaïque de peuples et de races vivant en totale et bienheureuse harmonie… britannique !
Alors, dans ce pays-paradis si éloigné de tout, passablement isolé du « reste du monde », l’enjeu n’est pas réellement l’apprentissage de la culture française ou de toute autre culture « exotique et mythifiée », mais bien plus l’acquisition d’une compétence apte à ouvrir les yeux, les oreilles et l’esprit: la compétence interculturelle. Les différents textes officiels qui régissent les programmes éducatifs sont assez clairs sur ce point !
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Cependant, les enseignants se trouvent parfois démunis pour adapter leur méthode d’enseignement à la prise en compte de la culture. Quelle différence entre enseignement de la culture et formation à la compétence interculturelle ? Quelles activités mettre en place en classe ? Quels supports choisir ? Comment rendre opérationnels les concepts de "savoir socioculturel", "aptitudes et savoir-faire socioculturels" ? Quelles stratégies sont susceptibles de développer ces compétences menant à une conscience interculturelle ?
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Enjeux de l’acquisition de la compétence interculturelle en classe de langue
"Le cours de langue constitue un moment privilégié qui permet à l’apprenant de découvrir d’autres perceptions et classifications de la réalité, d’autres valeurs, d’autres modes de vie… Bref, apprendre une langue étrangère, cela signifie entrer en contact avec une nouvelle culture" (Myriam Denis, in Dialogues et cultures n°44, 2000, p. 62).
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La compétence communicative : une compétence interculturelle
La compétence communicative constitue l’objectif premier de l’apprentissage d’une langue étrangère. Or, il est désormais admis que la seule compétence linguistique, si elle est nécessaire, n’est pas suffisante dans une perspective de communication. Du point de vue de l’expression, les apprenants devront apprendre à utiliser les formes et adopter les comportements et attitudes langagières reconnus, de manière à être compris par leur interlocuteur. Du point de vue de la compréhension, ils devront pouvoir identifier, reconnaître, et interpréter correctement les attitudes et comportements mis en jeu par leur interlocuteur dans les actes de communication, qu’il s’agisse de la gestuelle ou de références historiques et culturelles.
Les langues sont avant tout les vecteurs de communication des cultures dont elles sont issues. L’histoire du pays, les normes sociales et les fondements historiques de la société sont autant de facteurs nécessaires pour comprendre la culture, mais aussi et surtout pour permettre aux apprenants de faire un usage approprié de cette langue.
Il est donc nécessaire que les enseignants intègrent l’apprentissage de la culture dans l’apprentissage des langues, en dépassant le niveau de civilisation pour aborder des éléments plus profonds tels que les systèmes de valeurs ou de croyance et la vision du monde. Il ne s’agit cependant pas de transmettre aux apprenants uniquement des connaissances culturelles. Dans la perspective interculturelle, la compétence communicationnelle reposera sur la capacité des interlocuteurs à repérer le culturel dans les échanges langagiers.
Dans la perspective interculturelle, l’apprenant doit également et plus que jamais être impliqué dans le processus d’apprentissage. Les compétences à acquérir dans l’univers interculturel sont celles qui touchent au plus profond de l’individu : son image de soi, ses valeurs, ses croyances ; son sens du bien et du mal, de ce qui est bon et mauvais, sa définition même de la réalité… Pour sensibiliser les apprenants à la différence, et pour développer la capacité de communiquer efficacement avec ceux qui sont différents, les méthodes et techniques doivent dépasser le niveau de la théorie, de l’analyse et de la comparaison car nous savons que les savoirs ne garantissent pas le savoir-faire en face de la différence.
L’approche par l’expérience s’impose comme le meilleur moyen d’impliquer l’apprenant dans la formation. Elle ne se limite pas à des jeux de rôle ou à des simulations. Elle doit permettre à l’apprenant de gérer et de partager la responsabilité de l’acte d’apprendre. Elle est donc basée sur une co-construction avec les apprenants et prend en compte leurs expériences réelles et concrètes dans le domaine abordé. Elle est constituée de plusieurs phases : l’apprenant participe à une activité qui est suivie d’une analyse de laquelle vont se dégager des observations qui pourront être appliquées à la vie réelle.
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Perspective actionnelle
Dans la pédagogie interculturelle, les usagers de la langue sont considérés comme des acteurs sociaux qui accomplissent des tâches, qui ne sont pas seulement langagières. On est alors dans une perspective actionnelle qui constitue un dépassement de l’approche communicative. En effet, le Cadre considère que les actes de parole n’ont de signification que par rapport aux actions sociales qu’ils concourent à réaliser.
Avant, on mettait les apprenants dans une situation de communication définie pour développer leur compétence communicative, maintenant on attend des apprenants qu’ils réalisent des actions. La simulation, technique la plus utilisée dans l’approche communicative, est insuffisante, dans la perspective du Cadre, à former un acteur social. Pour enseigner une langue, il faut envisager toute une série d’occasions où l’acteur/apprenant puisse réaliser une action avec les autres à finalité collective. L’objectif de l’enseignement/apprentissage scolaire est de former des individus autonomes, mais aussi des citoyens créatifs, responsables, actifs et solidaires."
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Sensibiliser les apprenants à la notion de culture
Reconnaître la culture de l’Autre et la respecter pour ses particularismes, c’est avant tout connaître et reconnaître sa propre culture. La tolérance d’autres cultures passe par la prise de conscience de sa propre culture. Savoir identifier les éléments caractéristiques qui la constituent et soumettre ses valeurs à un examen critique, non pour les dénigrer mais pour les comprendre et y reconnaître une particularité culturelle permettent de casser l’ethnocentrisme qui est une réaction spontanée des individus confrontés à la diversité culturelle. En faisant l’analyse des attitudes et des comportements de leurs concitoyens, les apprenants aboutissent à l’idée que leur identité culturelle représente un système complexe. Il s’agit donc d’amener les apprenants à se décentrer et à prendre conscience de la structuration de leurs grilles interprétatives des événements et des comportements communicatifs, de son origine et des normes culturelles en jeu dans les interactions.
Exemple d’exercice proposé dans Forum 1 (Hachette) :
"Qu’est-ce qu’un étranger doit apprendre pour se comporter poliment dans un restaurant dans votre pays ? Proposez quelques règles."
Après avoir pris de la distance par rapport à leur propre culture, les apprenants pourront être amenés à admettre l’existence d’autres perspectives.
Le Cadre européen propose aux enseignants de travailler sur différents aspects des traits distinctifs caractéristiques d’une société et de sa culture :
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Vie quotidienne :
· Nourriture et boisson, heures des repas, manières de table
· Congés légaux
· Horaires et habitudes de travail
· Activités de loisir (passe-temps, sports, habitudes de lecture, médias)
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Conditions de vie :
· Niveaux de vie (avec leurs variantes régionales, ethniques et de groupe social)
· Conditions de logement
· Couverture sociale
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Relations interpersonnelles (y compris les relations de pouvoir et de solidarité) :
· La structure sociale et les relations entre les classes sociales
· Les relations entre les sexes (courantes et intimes)
· La structure et les relations familiales
· Les relations entre générations
· Les relations au travail
· Les relations avec la police, les organismes officiels, etc.
· Les relations entre races et communautés
· Les relations entre les groupes politiques et religieux
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Valeurs, croyances et comportements en relation à des facteurs ou des paramètres tels que :
· La classe sociale
· Les groupes socioprofessionnels (universitaires, cadres, fonctionnaires, artisans et travailleurs manuels)
· La fortune (revenus et patrimoine)
· Les cultures régionales
· La sécurité
· Les institutions
· La tradition et le changement
· L’histoire
· Les minorités (ethniques ou religieuses)
· L’identité nationale
· Les pays étrangers, les états, les peuples
· La politique
· Les arts (musique, arts visuels, littérature, théâtre, musique et chanson populaire)
· La religion
· L’humour
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Langage du corps : connaissance des conventions qui régissent les comportements qui font partie de la compétence socioculturelle de l’apprenant
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Savoir-vivre, par exemple, les conventions relatives à l’hospitalité donnée et reçue :
· La ponctualité
· Les cadeaux
· Les vêtements
· Les rafraîchissements, les boissons, les repas
· Les conventions et les tabous de la conversation et du comportement
· La durée de la visite
· La façon de prendre congé
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Comportements rituels :
· La pratique religieuse et les rites
· Naissance, mariage, mort
· Attitude de l’auditoire et du spectateur au spectacle
· Célébrations, festivals, bals et discothèques, etc."
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Il faut également rappeler que la culture francophone ne se réduit pas à la culture française et que les enseignants pourront travailler avec leur classe sur les orientations culturelles spécifiques des divers pays francophones d’Afrique, d’Amérique ou d’Europe.
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L’enseignant utilisera enfin des contenus ne traitant pas seulement de réalisations visibles (langues, rites, coutumes, fêtes, calendriers, modes d’habitat, habitudes alimentaires, vestimentaires…) mais aussi de réalisations moins visibles (ensemble d’évidences partagées par une communauté possédant les mêmes références, les mêmes valeurs et les mêmes règles implicites dans tout échange relationnel).
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Par l’acquisition de ces connaissances socioculturelles, l’apprenant pourra entrevoir d’autres classifications de la réalité et prendra conscience de la non-universalité de sa culture.
La troisième étape de la prise de conscience interculturelle consiste à observer et analyser, à la lumière des connaissances socioculturelles acquises, des attitudes et des comportements qui peuvent paraître étranges lorsqu’ils sont considérés indépendamment de leur contexte socioculturel. L’apprenant devra être invité à :
· observer, apprendre à repérer le culturel dans la communication;
· analyser les comportements culturels, formuler des hypothèses sur les raisons qui conditionnent les habitudes et les comportements différents ;
· organiser : établir des liens, distinguer les principes organisateurs au sein de la culture étrangère.
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Les documents authentiques tels que les calendriers, menus de restaurant, programmes de cinéma, carte du métro, s’avèrent très utiles, à condition de prendre garde à une approche purement descriptive, ethnographique ou culturaliste, et d’amener l’apprenant à formuler des hypothèses sur les raisons qui conditionnent des habitudes ou des comportements différents. Les textes de nature sociologique, historique ou géographique sont également à proposer.
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Les textes littéraires constituent aussi une ressource incomparable dans le choix des documents didactiques, par leur qualité informative. Les textes littéraires ne sont pas constitués par l’actualité des informations, ni par des données quantitatives, mais par des éléments permettant une mobilisation de plusieurs représentations de la même réalité. La polysémie du texte littéraire permet à l’élève de se distancier, de se méfier des évidences, de voir et se voir "oblique".
On pourra également amener à les apprenants à chercher à comprendre pourquoi ils ont des représentations préconçues des autres cultures et inversement. Par exemple, si de nombreuses cultures associent aux Français une image d’arrogance, c’est sans doute parce que certains comportements observables chez les Français comme leur manière de défendre vivement leurs idées ou l’habitude de couper la parole dans une discussion, sont considérés comme arrogants dans d’autres cultures.
Le travail sur les préjugés et les stéréotypes passe par une analyse des représentations, du processus de catégorisation et d’attribution. L’objectif n’est pas d’éradiquer les préjugés et les stéréotypes, mais de travailler sur eux afin que les échanges ne soient pas l’occasion de leur renforcement.
Une fois les cultures en présence identifiées et reconnues, il est nécessaire de travailler sur ce qui les réunit et de permettre aux apprenants de réaliser qu’au-delà des différences trop facilement observables, il y a parfois beaucoup plus de similitudes et de valeurs fondamentales partagées qu’on ne pourrait penser.
On pourra amener l’apprenant à :
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Mettre en rapport différents points de vue présents dans la culture étrangère ou dans sa propre culture pour lui apprendre à ne pas généraliser: prendre conscience de la pluralité et donc de la relativité des points de vue ;
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Situer un fait culturel dans son contexte : rechercher le contexte de production d’un document ou d’un discours, saisir et analyser des paramètres de la situation où le discours est produit ;
L’intériorisation de la culture de l’Autre constitue la dernière étape de l’acquisition de la compétence interculturelle. Elle consiste à amener l’apprenant à s’impliquer dans la découverte et dans l’approfondissement de la culture étrangère (à l’instar des « Immersion Days – Fridays Worhshops » – AF Sydney).
Conclusion
La valeur ajoutée de la perspective interculturelle, c’est qu’elle se définit essentiellement comme une formation à l’observation, à la compréhension, à la relativisation des données de la culture étrangère, non pour la prendre comme modèle à imiter, mais précisément pour développer le dialogue des cultures… (et par là-même, le plus souvent, démultiplier les facteurs de motivation et les éléments constitutifs du plaisir d’apprendre).
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Texte largement inspiré des travaux de Haydée Maga et Manuela Ferreira Pinto @ Francparler.org